Minggu, 09 Februari 2020

SHALIMAR LE CLOWN

Category: Livres,Romans et littérature,Littérature anglaise

SHALIMAR LE CLOWN Details

Los Angeles, 1991. Maximilien Ophuls, ex­ambassadeur des États-Unis en Inde, devenu chef de la lutte antiterroriste en Amérique, est égorgé devant le domicile de sa fille illégitime India. Il a été tué par un mystérieux Cachemiri, Shalimar le clown, son chauffeur. Tout semble indiquer un acte politique, mais il s'agit d'un crime passionnel d'une nature très spéciale... Voici l'histoire d'un amour qui connaît une fin tragique : celle de Maximilien, de son meurtrier et de sa fille - ainsi que de la femme qui unit leurs destins. Une épopée qui s'étend de la Californie à la France, l'Angleterre et surtout, au Cachemire, paradis terrestre peuplé de pêchers et d'abeilles, de femmes aux yeux émeraude et d'hommes assassins : un paradis détruit plutôt que perdu. «L'une des plus grandes réussites de Rushdie.» Alexandre Fillon - Lire Egalement chez Pocket : Les versets sataniques.

Reviews

Après le flop de « La terre sous ses pieds », Rushdie revient ici à ce qu'il fait de mieux, le roman comme interconnexion des destinées individuelles et collectives, étirées dans l'immensité de l'espace-temps. « Tout était maintenant une partie de partout ailleurs. Russie, Amérique, Londres, Cachemire. Nos vies, nos histoires, coulées les unes dans des autres, ne relèvent plus de notre propre volonté individuelle ' peut-on lire dans « Shalimar le clown ».Ces destinées individuelles et collectives sont celles de Shalimar, mari cocufié de la belle inconstante Boonyi, vengeur assassin dès les premières pages de l'ambassadeur américain, nommé Max Ophüls en référence, on ne sait pour quelle obscure raison, au cinéaste franco-allemand, tout cela sur fond des années 60, guerre au Cachemire, au Vietnam et plus tard Djihad au Moyen-Orient ; les deux premiers des trois protagonistes incarnant le tiers-monde confronté à l'impérialisme américain, représenté par son prédateur d'ambassadeur, falsificateur et coureur de jupons. Cependant, il n'y a pas de manichéisme dedans, il n'y a pas des innocents d'un côté, des coupables de l'autre. Les premiers se sont fait exploités parce qu'ils se sont bercés d'illusions, et le dernier n'a fait que profiter des faiblesses des autres. « Partout, la violence collective est d'ordre privé. » dit un personnage.Loi karmique donc, puisque tous les malheurs qui leur tombent dessus ne sont que les résultats de leurs propres actions, de la poursuite de leurs vains désirs de puissance. « Les crimes du quatorzième siècle avaient besoin d'être vengés au vingtième. » dit un personnage.En dépit de ce qu'ils croient, tous ces personnages semblent subir leur destin plutôt qu'ils ne le façonnent. On peut lire dans cette menaçante allusion à ces dieux du cosmos qui gouvernent le destin des hommes :« Il y avait neuf ravisseurs dans le cosmos : Surya le soleil,Soma la lune, Budha le Mercure, Mangal le Mars, Shukra la Vénus, Brihaspati le Jupiter, Shani le Saturne, et Rahu et Ketu, les deux planètes de l'ombre'C'étaient des planètes dragons ;deux moitiés d'un unique dragon coupé en deux. Rahu était la tête et Ketu la queue. Un dragon était aussi une créature qui existait vraiment sans exister. Il était, parce que notre pensée l'avait fait tel. Jusqu'à ce qu'il apprenne l'existence des planètes de l'ombre, Noman Sher n'avait jamais su comment appréhender l'amour, comment donner un nom à sa force d'illumination morale, à ses effets de changement de marées et de gravitation. Dès qu'il entendit parler du dragon fendu, de nombreuses choses devinrent claires. L'amour et la haine étaient également des planètes de l'ombre, non corporelles mais présentes, là-haut, exerçant leur attraction sur son c?ur et son âme. »La fille illégitime de Max s'appelle India, mais elle se donne le nom de Kashmira, qui représente pour elle tout comme pour l'auteur ce Cachemire de son enfance, ce paradis perdu que l'un et l'autre n'ont cessé de regretter. Pourquoi le Cachemire est-il le Paradis perdu pour Rushdie ? Parce que, avant la guerre Indo-Pakistanaise de 1965, c'était un havre de paix où les brahmanes et les musulmans cohabitaient en bonne intelligence, ce qui n'est plus le cas depuis, et surtout après le 11 septembre, la montée de l'intégrisme et de l'intolérance.Existe-t-il un moyen de conjurer le sort ? Oui, semble dire le pandit Kaul, en prodiguant des conseils à sa fille Boonyi, devenue le paria de tous : « La plus haute aspiration humaine était de vivre dans le monde et cependant de ne pas y vivre. D'éteindre le feu qui brûlait dans l'esprit et de vivre la vie sainte du détachement absolu. »Rushdie, l'écrivain cosmopolite et multilingue, reste malgré tout très marqué par le Brahmanisme de son pays d'origine.

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